{"id":684,"date":"2026-01-05T00:00:00","date_gmt":"2026-01-05T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.open-spirit.ch\/?p=684"},"modified":"2026-01-12T14:08:51","modified_gmt":"2026-01-12T14:08:51","slug":"observation-objective-bien-etre-vs-effets-modificateurs-de-conscience","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.open-spirit.ch\/fr\/observation-objective-bien-etre-vs-effets-modificateurs-de-conscience\/","title":{"rendered":"Observation objective : bien-\u00eatre vs. effets modificateurs de conscience"},"content":{"rendered":"\n<p>Le bien-\u00eatre \u00e9voque quelque chose de profond\u00e9ment familier : un sommeil suffisant, des relations stables, un sentiment de sens. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 se trouvent les effets modifiant la conscience, allant d\u2019un verre de vin \u00e0 une exp\u00e9rience profonde sous LSD. Cependant, il n\u2019existe pas de ligne droite entre l\u2019\u00e9tat d\u2019ivresse \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et la satisfaction de vie \u00e0 long terme. Quiconque utilise des substances \u2014 que ce soit \u00e0 des fins m\u00e9dicales, th\u00e9rapeutiques ou r\u00e9cr\u00e9atives \u2014 est confront\u00e9 \u00e0 la m\u00eame question : cela am\u00e9liore-t-il r\u00e9ellement la vie ou cela ne fait-il que d\u00e9caler la perception pendant quelques heures ? Une perspective sobre, inform\u00e9e par la neurobiologie, aide \u00e0 s\u00e9parer les effets subjectifs du bien-\u00eatre mesurable et \u00e0 mieux identifier quelles exp\u00e9riences sont durables et lesquelles fonctionnent comme un cr\u00e9dit \u00e0 taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<h2>Fondements neurobiologiques : comment le bien-\u00eatre et les effets modifiant la conscience naissent dans le cerveau<\/h2>\n<h3>Syst\u00e8me s\u00e9rotoninergique : les r\u00e9cepteurs 5-HT2A comme interface entre psych\u00e9d\u00e9liques et bien-\u00eatre subjectif<\/h3>\n<p>De nombreux psych\u00e9d\u00e9liques classiques comme le LSD, la psilocybine ou la DMT agissent principalement via le syst\u00e8me s\u00e9rotoninergique et plus particuli\u00e8rement sur le r\u00e9cepteur <code>5-HT2A<\/code>. Ce type de r\u00e9cepteur se trouve principalement dans le cortex et module la perception, la cognition et le traitement des \u00e9motions. Une activation \u00e9lev\u00e9e entra\u00eene un renforcement sensoriel, une perception alt\u00e9r\u00e9e du temps et souvent des sentiments intenses de connexion. Subjectivement, cela peut \u00eatre v\u00e9cu comme un bien-\u00eatre puissant, mais objectivement, il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9calage temporaire des sch\u00e9mas d\u2019activit\u00e9 neuronale. Il est fascinant de noter que des \u00e9tudes montrent que plus l\u2019occupation des r\u00e9cepteurs 5-HT2A est forte, plus le sentiment de sens rapport\u00e9 ult\u00e9rieurement est marqu\u00e9 \u2014 un indice de l\u2019\u00e9troite imbrication entre neurochimie et v\u00e9cu narratif.<\/p>\n<h3>Dopamine, syst\u00e8me de r\u00e9compense et \u00ab reward prediction error \u00bb lors des \u00e9tats d\u2019ivresse<\/h3>\n<p>Le syst\u00e8me dopaminergique, notamment la zone du <code>Nucleus accumbens<\/code> et le striatum ventral, est au centre du syst\u00e8me de r\u00e9compense. Les stimulants comme la coca\u00efne ou les amph\u00e9tamines augmentent la dopamine de mani\u00e8re abrupte et massive. Leur effet modifiant la conscience peut se comprendre via le concept de <em>Reward Prediction Error<\/em> (erreur de pr\u00e9diction de la r\u00e9compense) : si la r\u00e9compense est plus forte ou plus surprenante que pr\u00e9vu, les neurones dopaminergiques s\u2019activent intens\u00e9ment. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce \u00ab plus que pr\u00e9vu \u00bb que vous ressentez comme un high euphorique. Le probl\u00e8me est que le cerveau s\u2019adapte \u00e0 ces pics. Le bien-\u00eatre de base (baseline) peut chuter, tandis que l\u2019attente de r\u00e9compenses futures continue de cro\u00eetre \u2014 une base neurobiologique pour le craving et la d\u00e9pendance.<\/p>\n<h3>Default Mode Network (DMN) : dissolution de l\u2019ego vs identit\u00e9 stable au quotidien<\/h3>\n<p>Le <code>Default Mode Network<\/code> (DMN, r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut) est un r\u00e9seau de r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales actif lors de l\u2019autor\u00e9flexion, de la rumination et de la pens\u00e9e autobiographique. Sous fortes doses de psych\u00e9d\u00e9liques, les \u00e9tudes par IRMf montrent une r\u00e9duction nette de la connectivit\u00e9 du DMN. Beaucoup d\u00e9crivent cela comme une \u00ab dissolution de l\u2019ego \u00bb ou une perte du sentiment habituel du soi. \u00c0 court terme, cela peut \u00eatre v\u00e9cu comme une libert\u00e9 \u00e9crasante, mais aussi comme une menace. Les effets de bien-\u00eatre \u00e0 long terme semblent survenir surtout lorsque cette d\u00e9stabilisation temporaire m\u00e8ne \u00e0 des concepts de soi plus flexibles, au lieu de fragiliser durablement un soi d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9caire. Pour le quotidien, un DMN fonctionnellement stable et non surdominant reste crucial.<\/p>\n<h3>Neuroplasticit\u00e9, BDNF et changements \u00e0 long terme apr\u00e8s le LSD, la psilocybine et la k\u00e9tamine<\/h3>\n<p>Des \u00e9tudes actuelles chez l\u2019animal et l\u2019humain montrent que des substances comme le LSD, la psilocybine et la k\u00e9tamine augmentent la lib\u00e9ration de <code>BDNF<\/code> (Brain-Derived Neurotrophic Factor) et favorisent la plasticit\u00e9 synaptique. En cultures cellulaires, on observe une formation accrue d\u2019\u00e9pines dendritiques, c\u2019est-\u00e0-dire de nouveaux points de contact entre neurones. Cliniquement, une plasticit\u00e9 accrue corr\u00e8le souvent avec une meilleure capacit\u00e9 d\u2019apprentissage et une flexibilit\u00e9 \u00e9motionnelle. Cependant, la neuroplasticit\u00e9 n\u2019est pas une garantie de bien-\u00eatre ; elle permet le changement, dans n\u2019importe quelle direction. Sans un environnement stable et une int\u00e9gration psychoth\u00e9rapeutique, un cerveau \u00ab assoupli \u00bb peut tout aussi bien renforcer des sch\u00e9mas dysfonctionnels. Pour vous, cela signifie que la substance ouvre une fen\u00eatre d\u2019apprentissage, mais qu\u2019elle doit \u00eatre exploit\u00e9e au quotidien.<\/p>\n<h3>Biomarqueurs EEG et IRMf : mesure objective des \u00e9tats de conscience modifi\u00e9s<\/h3>\n<p>Les \u00e9tats de conscience modifi\u00e9s peuvent aujourd\u2019hui \u00eatre saisis avec pr\u00e9cision par EEG et IRMf. Sous psych\u00e9d\u00e9liques, on observe typiquement une augmentation de l\u2019entropie du signal \u00e0 l\u2019EEG et une connectivit\u00e9 fonctionnelle modifi\u00e9e \u00e0 l\u2019IRMf, surtout dans le DMN. Certains chercheurs interpr\u00e8tent cela comme un \u00ab cerveau entropique \u00bb, moins pr\u00e9visible mais plus cr\u00e9atif. Des \u00e9tudes rapportent \u00e9galement qu\u2019une puissance Alpha plus faible \u00e0 l\u2019EEG est corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 des hallucinations visuelles plus fortes. En revanche, pour le bien-\u00eatre objectif, d\u2019autres marqueurs existent : une architecture du sommeil plus stable, une variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque (VFC\/HRV) \u00e9quilibr\u00e9e et une r\u00e9activit\u00e9 r\u00e9duite de l\u2019amygdale aux stimuli de stress. Cette divergence montre que les \u00e9tats intens\u00e9ment v\u00e9cus et la qualit\u00e9 de vie durable sont des objectifs neurobiologiquement distincts.<\/p>\n<h2>Classes pharmacologiques : comparaison de l\u2019alcool, du cannabis, des psych\u00e9d\u00e9liques, des stimulants et des entactog\u00e8nes<\/h2>\n<h3>Alcool et modulation GABAergique : d\u00e9sinhibition \u00e0 court terme vs cons\u00e9quences sur le bien-\u00eatre \u00e0 long terme<\/h3>\n<p>L\u2019alcool renforce l\u2019effet du neurotransmetteur inhibiteur GABA et att\u00e9nue simultan\u00e9ment l\u2019excitation glutamatergique. Le r\u00e9sultat est une d\u00e9sinhibition \u00e0 court terme, une r\u00e9duction de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et une s\u00e9dation. Subjectivement, vous ressentez cela comme un soulagement apr\u00e8s une journ\u00e9e stressante. \u00c9pid\u00e9miologiquement, un sch\u00e9ma clair \u00e9merge : d\u00e8s environ 20 \u00e0 30 g d\u2019alcool pur par jour, les risques de d\u00e9pression, de troubles du sommeil et de troubles anxieux augmentent significativement. Des \u00e9tudes \u00e0 long terme sugg\u00e8rent que la consommation r\u00e9guli\u00e8re abaisse le niveau moyen de satisfaction de vie, m\u00eame en cas de consommation pr\u00e9tendument \u00ab mod\u00e9r\u00e9e \u00bb. L\u2019effet modifiant la conscience est donc agr\u00e9able, mais l\u2019impact sur le bien-\u00eatre basal est souvent n\u00e9gatif.<\/p>\n<h3>Cannabis, THC, CBD et le syst\u00e8me endocannabino\u00efde dans la r\u00e9gulation du stress et de l\u2019humeur<\/h3>\n<p>Le syst\u00e8me endocannabino\u00efde r\u00e9gule la r\u00e9ponse au stress, l\u2019app\u00e9tit et l\u2019humeur. Le THC agit comme un agoniste partiel des r\u00e9cepteurs CB1, tandis que le CBD module de mani\u00e8re plus complexe et poss\u00e8de des effets partiellement anxiolytiques. \u00c0 court terme, de nombreux utilisateurs rapportent un bien-\u00eatre accru, des exp\u00e9riences sensorielles et musicales plus intenses et moins de ruminations. En parall\u00e8le, des \u00e9tudes longitudinales montrent qu\u2019une consommation \u00e9lev\u00e9e de THC \u2014 surtout avant 25 ans \u2014 est associ\u00e9e \u00e0 un risque accru de psychoses et de d\u00e9ficits cognitifs. Curieusement, de nombreuses personnes concern\u00e9es utilisent le cannabis par autom\u00e9dication subjective, par exemple pour des troubles du sommeil ou un stress chronique. Pour un bien-\u00eatre durable, il est d\u00e9terminant de savoir si la substance devient \u00e0 la fois la cause et le renfort du probl\u00e8me.<\/p>\n<h3>Psych\u00e9d\u00e9liques s\u00e9rotoninergiques (LSD, psilocybine, DMT) : intensit\u00e9 aigu\u00eb vs qu\u00eate de sens durable<\/h3>\n<p>Les psych\u00e9d\u00e9liques s\u00e9rotoninergiques g\u00e9n\u00e8rent souvent, en 30 \u00e0 60 minutes, des changements profonds de la perception et de l\u2019image de soi. Dans les \u00e9tudes cliniques, 60 \u00e0 80 % des participants d\u00e9crivent une seule s\u00e9ance de psilocybine comme l\u2019une des \u00ab exp\u00e9riences les plus significatives de leur vie \u00bb. Plusieurs suivis montrent encore, apr\u00e8s 12 mois, des niveaux \u00e9lev\u00e9s de sens de la vie, d\u2019ouverture et de gratitude \u2014 \u00e0 condition que l\u2019exp\u00e9rience ait \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e. Parall\u00e8lement, des doses \u00e9lev\u00e9es consomm\u00e9es sans pr\u00e9paration peuvent mener \u00e0 des \u00ab bad trips \u00bb traumatisants, surtout en cas de vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychotique. Pour vous, cela signifie que le potentiel de bien-\u00eatre eud\u00e9monique est \u00e9lev\u00e9, mais fortement d\u00e9pendant du set, du setting et du suivi.<\/p>\n<h3>Stimulants (coca\u00efne, amph\u00e9tamine, MDMA) : effet \u00ab high \u00bb aigu vs rebond neurochimique<\/h3>\n<p>Les stimulants augmentent massivement la dopamine, la noradr\u00e9naline et parfois la s\u00e9rotonine. L\u2019effet de high aigu s\u2019exprime par une \u00e9nergie d\u00e9cupl\u00e9e, une confiance en soi accrue et une ouverture sociale. Le rebond est cependant typique : apr\u00e8s la chute des niveaux de neurotransmetteurs, apparaissent fatigue, dysphorie et irritabilit\u00e9. En cas de consommation r\u00e9guli\u00e8re, une tol\u00e9rance peut se d\u00e9velopper, vous obligeant \u00e0 consommer davantage pour ressentir le m\u00eame effet. Particuli\u00e8rement avec la m\u00e9thamph\u00e9tamine, les \u00e9tudes montrent des effets neurotoxiques clairs et des pertes cognitives apr\u00e8s seulement quelques ann\u00e9es d\u2019usage intensif. \u00c0 court terme, le bien-\u00eatre subjectif augmente, \u00e0 long terme, il chute \u2014 un exemple classique de dette h\u00e9donique.<\/p>\n<h3>Dissociatifs (k\u00e9tamine, DXM) : d\u00e9personnalisation, analg\u00e9sie et effets antid\u00e9presseurs \u00e0 r\u00e9ponse rapide<\/h3>\n<p>Les dissociatifs comme la k\u00e9tamine bloquent le <em>r\u00e9cepteur NMDA<\/em> et entra\u00eenent une d\u00e9personnalisation, une perception corporelle modifi\u00e9e et une analg\u00e9sie. \u00c0 doses sub-anesth\u00e9siques, la k\u00e9tamine montre des effets antid\u00e9presseurs en quelques heures, m\u00eame en cas de d\u00e9pression r\u00e9sistante aux traitements. Environ 50 \u00e0 70 % des patients r\u00e9pondent positivement \u00e0 court terme. L\u2019effet modifiant la conscience \u2014 le sentiment d\u2019\u00eatre d\u00e9tach\u00e9 de son propre corps \u2014 est cependant ambivalent : certains le trouvent lib\u00e9rateur, d\u2019autres perturbant. En cas de consommation r\u00e9cr\u00e9ative fr\u00e9quente, des probl\u00e8mes de vessie, des d\u00e9ficits cognitifs et une d\u00e9pendance psychique \u00e0 l\u2019\u00e9tat dissociatif menacent. L\u2019utilit\u00e9 th\u00e9rapeutique et la consommation r\u00e9cr\u00e9ative sont ici tr\u00e8s proches, mais diff\u00e8rent consid\u00e9rablement par la dose, le contexte et l\u2019objectif.<\/p>\n<h2>M\u00e9thodes de mesure objectives : comment quantifier scientifiquement le bien-\u00eatre et la modification de la conscience<\/h2>\n<h3>\u00c9chelles psychom\u00e9triques : PANAS, WHO-5, BDI-II et SF-36 pour \u00e9valuer le bien-\u00eatre<\/h3>\n<p>Le bien-\u00eatre subjectif peut \u00eatre \u00e9valu\u00e9 syst\u00e9matiquement par des \u00e9chelles psychom\u00e9triques. Le <em>PANAS<\/em> mesure s\u00e9par\u00e9ment les affects positifs et n\u00e9gatifs, le <em>WHO-5<\/em> \u00e9value le bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral en seulement cinq items et sert souvent d\u2019outil de d\u00e9pistage. Le <em>BDI-II<\/em> quantifie les sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs, tandis que le <em>SF-36<\/em> refl\u00e8te la qualit\u00e9 de vie physique et psychique. Dans les \u00e9tudes sur la th\u00e9rapie assist\u00e9e par psych\u00e9d\u00e9liques, les scores WHO-5 augmentent r\u00e9guli\u00e8rement de 30 \u00e0 50 % en quelques semaines. Pour vous, cela peut signifier que toute exp\u00e9rience intense n\u2019augmente pas forc\u00e9ment ces scores, mais que des am\u00e9liorations durables ici sont un signe robuste d\u2019un r\u00e9el gain de qualit\u00e9 de vie.<\/p>\n<h3>\u00c9chelles pour les \u00e9tats de conscience modifi\u00e9s : Altered States of Consciousness Rating Scale (OAV\/OAVAV)<\/h3>\n<p>Pour rendre mesurables les \u00e9tats modifi\u00e9s de conscience, l\u2019\u00e9chelle <em>Altered States of Consciousness Rating Scale<\/em> (OAV\/OAVAV) a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e. Elle mesure des dimensions telles que l\u2019illimitation oc\u00e9anique, la dissolution anxieuse de l\u2019ego et la restructuration visionnaire. Fait int\u00e9ressant : dans plusieurs \u00e9tudes, le degr\u00e9 d\u2019illimitation oc\u00e9anique sous psilocybine corr\u00e8le avec la r\u00e9duction ult\u00e9rieure des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs. Cela sugg\u00e8re que certaines qualit\u00e9s du v\u00e9cu \u2014 comme la connexion et la transcendance \u2014 sont particuli\u00e8rement pertinentes pour un bien-\u00eatre durable. Une exp\u00e9rience tr\u00e8s intense, mais primaire, chaotique ou anxieuse sans lien de sens semble en revanche laisser moins de traces b\u00e9n\u00e9fiques.<\/p>\n<h3>Cohortes \u00e0 long terme et \u00e9tudes prospectives sur la satisfaction de vie entre consommation mod\u00e9r\u00e9e d\u2019alcool et abstinence<\/h3>\n<p>De vastes \u00e9tudes de cohortes portant sur des dizaines de milliers de participants analysent depuis des ann\u00e9es le lien entre consommation d\u2019alcool et satisfaction de vie. Plusieurs analyses r\u00e9centes parviennent \u00e0 une conclusion sobre : l\u2019abstinence ou une consommation tr\u00e8s faible est associ\u00e9e en moyenne \u00e0 une meilleure sant\u00e9 mentale qu\u2019une consommation r\u00e9guli\u00e8re. Les hypoth\u00e8ses ant\u00e9rieures d\u2019une \u00ab consommation mod\u00e9r\u00e9e saine \u00bb ont \u00e9t\u00e9 relativis\u00e9es, notamment par un meilleur contr\u00f4le des variables de confusion. Les protocoles prospectifs montrent que les personnes r\u00e9duisant leur consommation rapportent souvent une am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 du sommeil, de l\u2019humeur et du fonctionnement social. Pour vous, cela signifie que le petit verre quotidien peut sembler agr\u00e9able, mais qu\u2019il contribue rarement au solde positif de votre bien-\u00eatre \u00e0 long terme.<\/p>\n<h3>Wearables et biomarqueurs num\u00e9riques : VFC, architecture du sommeil et profils d\u2019activit\u00e9 apr\u00e8s consommation<\/h3>\n<p>Les wearables ouvrent de nouvelles possibilit\u00e9s pour mesurer le bien-\u00eatre quotidien de mani\u00e8re plus objective. La variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque (VFC\/HRV) est consid\u00e9r\u00e9e comme un marqueur de r\u00e9silience et d\u2019activit\u00e9 du syst\u00e8me parasympathique. Apr\u00e8s consommation d\u2019alcool, la VFC chute souvent nettement, tandis que les traqueurs de sommeil affichent une architecture du sommeil fragment\u00e9e avec moins de phases de sommeil profond. Le cannabis influence le sommeil paradoxal et la fr\u00e9quence des r\u00eaves, les stimulants d\u00e9calent les rythmes circadiens. Ces <em>biomarqueurs num\u00e9riques<\/em> vous permettent de voir imm\u00e9diatement comment une nuit de consommation modifie encore votre niveau d\u2019\u00e9nergie et votre r\u00e9gulation du stress plusieurs jours apr\u00e8s. Pour les \u00e9quipes de recherche, ils fournissent des donn\u00e9es continues qui vont bien au-del\u00e0 des questionnaires et rendent visibles les co\u00fbts invisibles des brefs instants de high.<\/p>\n<h3>Ecological Momentary Assessment (EMA) et tracking par smartphone en milieu naturaliste<\/h3>\n<p>L\u2019Ecological Momentary Assessment (EMA) saisit l\u2019humeur, le contexte et la consommation en temps r\u00e9el via smartphone. Plusieurs fois par jour, vous recevez des questions courtes sur votre stress actuel, vos \u00e9motions et l\u2019usage possible de substances. Combin\u00e9es aux donn\u00e9es GPS et d\u2019utilisation, des flux de donn\u00e9es denses se cr\u00e9ent, montrant quand et pourquoi les gens se tournent plut\u00f4t vers l\u2019alcool, le cannabis ou les stimulants. Des \u00e9tudes prouvent par exemple que le stress subjectif et la solitude sont des d\u00e9clencheurs typiques de consommation spontan\u00e9e d\u2019alcool. L\u2019EMA rend aussi visible que le bien-\u00eatre accru imm\u00e9diatement apr\u00e8s la consommation retombe souvent \u00e0 son niveau initial ou en dessous en quelques heures \u2014 un sch\u00e9ma que l\u2019on a tendance \u00e0 id\u00e9aliser r\u00e9trospectivement.<\/p>\n<h2>Perspective psychologique : bien-\u00eatre h\u00e9donique, eud\u00e9monie et int\u00e9gration des \u00e9tats de conscience modifi\u00e9s<\/h2>\n<h3>Adaptation h\u00e9donique : pourquoi les \u00ab highs \u00bb \u00e0 court terme augmentent rarement le niveau de base du bien-\u00eatre<\/h3>\n<p>Le bien-\u00eatre h\u00e9donique se r\u00e9f\u00e8re au plaisir, \u00e0 la jouissance et aux sentiments agr\u00e9ables. Le cerveau s\u2019adapte \u00e0 ces stimuli \u2014 un ph\u00e9nom\u00e8ne connu sous le nom d\u2019adaptation h\u00e9donique. Comparable \u00e0 un r\u00e9glage de volume qui se d\u00e9place vers le haut, il faut avec le temps des stimuli plus forts pour ressentir la m\u00eame intensit\u00e9. Les substances \u00e0 fort potentiel de \u00ab high \u00bb acc\u00e9l\u00e8rent ce processus. \u00c0 court terme, votre sentiment de bonheur augmente ; \u00e0 long terme, la sensibilit\u00e9 aux plaisirs subtils du quotidien, comme une promenade ou une bonne conversation, diminue. De nombreuses \u00e9tudes indiquent qu\u2019un usage fr\u00e9quent de substances n\u2019augmente gu\u00e8re le bonheur de base, mais g\u00e9n\u00e8re plut\u00f4t des fluctuations autour d\u2019une moyenne l\u00e9g\u00e8rement abaiss\u00e9e.<\/p>\n<h3>Bien-\u00eatre eud\u00e9monique : sens, coh\u00e9rence des valeurs et \u00ab Mystical-Type Experiences \u00bb sous psilocybine<\/h3>\n<p>Le bien-\u00eatre eud\u00e9monique d\u00e9crit une vie en accord avec ses propres valeurs, le sens et l\u2019\u00e9panouissement personnel. Sous psilocybine, beaucoup de gens rapportent des <em>Mystical-Type Experiences<\/em> (exp\u00e9riences de type mystique), caract\u00e9ris\u00e9es par un sentiment d\u2019unit\u00e9, d\u2019atemporalit\u00e9 et une intuition profonde. Lorsque ces intuitions m\u00e8nent \u00e0 des changements de comportement r\u00e9els \u2014 comme plus d\u2019authenticit\u00e9 dans les relations ou une gestion plus consciente du travail \u2014 on observe souvent un gain stable de satisfaction de vie. Par analogie, on peut comparer cela \u00e0 une mise \u00e0 jour du syst\u00e8me d\u2019exploitation : l\u2019interface peut sembler similaire, mais la logique de base de vos prises de d\u00e9cision change. Sans mise en pratique, ces exp\u00e9riences restent toutefois comme un r\u00eave inspirant sans lendemain.<\/p>\n<h3>Set et Setting : effets d\u2019attente, placebo\/nocebo et facteurs contextuels selon Zinberg<\/h3>\n<p>Le concept classique de \u00ab Set et Setting \u00bb d\u00e9crit l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit int\u00e9rieur (<em>Set<\/em>) et le contexte ext\u00e9rieur (<em>Setting<\/em>) comme des facteurs centraux du v\u00e9cu de l\u2019ivresse et du bien-\u00eatre. Les effets d\u2019attente jouent un r\u00f4le \u00e9norme : des \u00e9tudes placebo avec du faux alcool ou des \u00ab microdoses \u00bb montrent des effets notables, m\u00eame sans substance pharmacologiquement active. \u00c0 l\u2019inverse, un \u00e9tat d\u2019esprit anxieux ou un environnement hostile peut d\u00e9clencher des r\u00e9actions nocebo, renfor\u00e7ant les effets n\u00e9gatifs. Selon le mod\u00e8le de Zinberg, l\u2019exp\u00e9rience r\u00e9elle na\u00eet de l\u2019interaction entre <em>Drug, Set, Setting<\/em> et contexte social. Pour vous, cela signifie que la m\u00eame dose peut mener \u00e0 la gu\u00e9rison, au chaos ou \u00e0 une ivresse insignifiante selon votre \u00e9tat mental et votre environnement.<\/p>\n<h3>Int\u00e9gration apr\u00e8s des exp\u00e9riences psych\u00e9d\u00e9liques : psychoth\u00e9rapie, journal de bord et pratiques de pleine conscience<\/h3>\n<p>Une exp\u00e9rience psych\u00e9d\u00e9lique sans int\u00e9gration ressemble \u00e0 un r\u00eave intense qui s\u2019\u00e9vapore dans le quotidien. De nombreux protocoles de th\u00e9rapie pr\u00e9voient donc plusieurs s\u00e9ances d\u2019int\u00e9gration pour trier les contenus, en extraire le sens et formuler des objectifs d\u2019action concrets. Les outils pratiques incluent : la psychoth\u00e9rapie guid\u00e9e, la tenue structur\u00e9e d\u2019un journal de bord imm\u00e9diatement apr\u00e8s la s\u00e9ance et des exercices de pleine conscience pour ancrer les nouvelles intuitions dans le corps. On peut imaginer cela comme le classement de photos dans un album : c\u2019est par la s\u00e9lection, l\u2019annotation et la relecture que na\u00eet une histoire de vie coh\u00e9rente. Sans ce processus, le risque demeure que les ouvertures \u00e9motionnelles restent chaotiques ou que d\u2019anciennes blessures se rouvrent de mani\u00e8re d\u00e9structur\u00e9e.<\/p>\n<h2>\u00c9vidence clinique : usage th\u00e9rapeutique des substances modifiant la conscience pour augmenter le bien-\u00eatre<\/h2>\n<h3>Th\u00e9rapie assist\u00e9e par psilocybine pour la d\u00e9pression r\u00e9sistante (Johns Hopkins, Imperial College London)<\/h3>\n<p>Des \u00e9tudes randomis\u00e9es men\u00e9es dans des centres renomm\u00e9s montrent des effets impressionnants de la psilocybine sur la d\u00e9pression r\u00e9sistante aux traitements. Dans certaines recherches, environ 60 \u00e0 70 % des participants ont atteint une r\u00e9duction cliniquement significative des sympt\u00f4mes en quatre semaines, et environ un tiers est entr\u00e9 en r\u00e9mission. La dur\u00e9e est remarquable : chez une partie, les am\u00e9liorations persistent six \u00e0 douze mois. Les s\u00e9ances se d\u00e9roulent dans un cadre th\u00e9rapeutique structur\u00e9, incluant une pr\u00e9paration et une int\u00e9gration intensives. L\u2019\u00e9tat modifi\u00e9 de conscience devient ici un catalyseur pour l\u2019intuition, le travail de deuil et la r\u00e9\u00e9valuation des crises de vie \u2014 non une fin en soi. Il n\u2019en reste pas moins que la psilocybine n\u2019est pas une \u00ab pilule du bonheur \u00bb, mais un outil puissant exigeant une application rigoureuse.<\/p>\n<h3>Psychoth\u00e9rapie assist\u00e9e par MDMA pour le SSPT : r\u00e9sultats des \u00e9tudes de phase III de la MAPS<\/h3>\n<p>La MDMA est souvent d\u00e9crite pharmacologiquement comme un entactog\u00e8ne : elle renforce l\u2019empathie, la proximit\u00e9 et l\u2019auto-compassion sans g\u00e9n\u00e9rer d\u2019hallucinations classiques. Dans les \u00e9tudes de phase III sur la th\u00e9rapie du SSPT (Trouble de Stress Post-Traumatique), environ 67 % des participants sous psychoth\u00e9rapie assist\u00e9e par MDMA ont atteint la r\u00e9mission, contre environ 32 % dans le groupe placebo. De nombreuses personnes concern\u00e9es rapportent que des souvenirs traumatiques ont pu \u00eatre \u00e9voqu\u00e9s et trait\u00e9s pour la premi\u00e8re fois sans peur \u00e9crasante. Le bien-\u00eatre aigu pendant la s\u00e9ance est un effet secondaire ; l\u2019essentiel est que de nouvelles exp\u00e9riences \u00e9motionnelles soient v\u00e9cues dans un cadre s\u00e9curis\u00e9. Pour le bien-\u00eatre \u00e0 long terme, ce qui compte est l\u2019am\u00e9lioration durable des sch\u00e9mas relationnels, de l\u2019image de soi et des fonctions quotidiennes.<\/p>\n<h3>Spray nasal d\u2019esk\u00e9tamine pour la d\u00e9pression majeure : effet \u00e0 action rapide et profil de s\u00e9curit\u00e9<\/h3>\n<p>Le spray nasal d\u2019esk\u00e9tamine offre un effet \u00e0 action rapide rare dans la d\u00e9pression majeure : en 24 heures, les sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs peuvent chuter nettement, particuli\u00e8rement chez les patients pr\u00e9sentant des tendances suicidaires. Des \u00e9tudes rapportent des taux de r\u00e9ponse d\u2019environ 50 % apr\u00e8s quatre semaines en combinaison avec un antid\u00e9presseur oral. L\u2019effet modifiant la conscience est mod\u00e9r\u00e9ment dissociatif et dure g\u00e9n\u00e9ralement moins de deux heures. Les questions de s\u00e9curit\u00e9 concernent surtout l\u2019augmentation de la pression art\u00e9rielle, le potentiel d\u2019abus et les effets \u00e0 long terme en cas d\u2019usage fr\u00e9quent. Pour vous, il est pertinent de savoir que l\u2019esk\u00e9tamine peut ouvrir une \u00ab fen\u00eatre \u00bb critique o\u00f9 la th\u00e9rapie, les changements de mode de vie et le soutien social redeviennent accessibles, sans toutefois s\u2019y substituer.<\/p>\n<h3>Microdosage de LSD et psilocybine : hypoth\u00e8ses, \u00e9tudes contr\u00f4l\u00e9es par placebo et fonctionnement quotidien<\/h3>\n<p>Le microdosage \u2014 la prise de tr\u00e8s petites doses de LSD ou de psilocybine ne provoquant pas d\u2019hallucinations nettes \u2014 est souvent promu pour augmenter la cr\u00e9ativit\u00e9, la concentration et la stabilit\u00e9 de l\u2019humeur. Les \u00e9tudes contr\u00f4l\u00e9es par placebo dressent un tableau mitig\u00e9 : de nombreuses am\u00e9liorations rapport\u00e9es peuvent s\u2019expliquer par des effets d\u2019attente, bien que certains avantages cognitifs subtils restent possibles. Un avantage est l\u2019absence de perturbation du quotidien, mais les effets sont nettement moindres par rapport aux s\u00e9ances de th\u00e9rapie \u00e0 macrodose. Quiconque envisage le microdosage devrait tenir un journal syst\u00e9matique pour mieux distinguer les effets placebo des changements r\u00e9els dans la productivit\u00e9, la r\u00e9gulation des \u00e9motions et le bien-\u00eatre subjectif.<\/p>\n<h3>Comparaison avec les antid\u00e9presseurs classiques (ISRSe, IRSNe) concernant la qualit\u00e9 de vie et les taux de r\u00e9mission<\/h3>\n<p>Les ISRSe et IRSNe augmentent les taux de s\u00e9rotonine ou de noradr\u00e9naline en continu et m\u00e8nent \u00e0 une am\u00e9lioration clinique chez environ 50 \u00e0 60 % des patients, avec une r\u00e9mission pour 30 \u00e0 40 %. En comparaison, les approches psych\u00e9d\u00e9liques agissent souvent plus vite et plus intens\u00e9ment, mais n\u00e9cessitent des cadres plus complexes. Certains patients rapportent un \u00e9moussement \u00e9motionnel sous ISRS, tandis que les psych\u00e9d\u00e9liques m\u00e8nent plut\u00f4t \u00e0 une intensification \u00e0 court terme suivie d\u2019une plus grande tol\u00e9rance de la palette \u00e9motionnelle. Les mesures de qualit\u00e9 de vie comme le SF-36 montrent que les deux approches peuvent apporter des am\u00e9liorations, mais avec des profils diff\u00e9rents : les ISRS stabilisent, les psych\u00e9d\u00e9liques transforment \u2014 du moins chez une partie des utilisateurs. Une strat\u00e9gie combin\u00e9e et individualis\u00e9e semble \u00eatre la plus judicieuse \u00e0 long terme.<\/p>\n<h2>\u00c9valuation risques-b\u00e9n\u00e9fices : le bien-\u00eatre \u00e0 long terme entre d\u00e9pendance, neurotoxicit\u00e9 et r\u00e9duction des risques<\/h2>\n<h3>Potentiel addictif et d\u00e9veloppement de la tol\u00e9rance : alcool, nicotine, benzodiaz\u00e9pines vs psych\u00e9d\u00e9liques classiques<\/h3>\n<p>Les substances diff\u00e8rent fortement par leur potentiel addictif. L\u2019alcool, la nicotine et les benzodiaz\u00e9pines entra\u00eenent chez une part importante de consommateurs une d\u00e9pendance physique, avec des sympt\u00f4mes de sevrage marqu\u00e9s. Les psych\u00e9d\u00e9liques classiques comme le LSD ou la psilocybine ne provoquent quasiment aucune d\u00e9pendance physique et sont rarement consomm\u00e9s quotidiennement car une tol\u00e9rance s\u2019installe vite et l\u2019exp\u00e9rience est souvent trop exigeante. Cela ne signifie pas qu\u2019aucune d\u00e9pendance psychique \u00e0 \u00ab l\u2019exceptionnel \u00bb ne menace. Pour votre bien-\u00eatre, il est crucial de savoir si vous utilisez les substances comme des outils occasionnels ou comme une solution permanente. Un sch\u00e9ma de compulsion r\u00e9current \u2014 le besoin de r\u00e9guler chimiquement en permanence des \u00e9tats d\u00e9sagr\u00e9ables \u2014 est un signal d\u2019alarme, quelle que soit la substance.<\/p>\n<h3>Neurotoxicit\u00e9 et d\u00e9ficits cognitifs : donn\u00e9es \u00e0 long terme sur l\u2019alcool, la m\u00e9thamph\u00e9tamine et le THC \u00e0 haute puissance<\/h3>\n<p>L\u2019alcool est plus neurotoxique que beaucoup ne le pensent. Les \u00e9tudes d\u2019imagerie montrent, en cas de consommation \u00e9lev\u00e9e sur plusieurs ann\u00e9es, des volumes c\u00e9r\u00e9braux r\u00e9duits, surtout dans le cortex pr\u00e9frontal et l\u2019hippocampe. La m\u00e9thamph\u00e9tamine endommage les voies dopaminergiques, ce qui peut se traduire par une motivation r\u00e9duite et des probl\u00e8mes d\u2019attention. Le THC \u00e0 haute puissance, surtout \u00e0 l\u2019adolescence, corr\u00e8le dans les \u00e9tudes de cohortes avec des scores de QI l\u00e9g\u00e8rement plus bas et un taux de psychose accru. Les psych\u00e9d\u00e9liques classiques ne montrent pas, \u00e0 ce jour, de preuve claire de neurotoxicit\u00e9 chronique lors d\u2019un usage mod\u00e9r\u00e9. Le v\u00e9ritable danger r\u00e9side souvent moins dans les dommages cellulaires que dans les comportements \u00e0 risque sous ivresse et l\u2019impact sur l\u2019\u00e9ducation, la profession et les relations.<\/p>\n<h3>\u00c9pisodes psychotiques, HPPD et \u00ab bad trips \u00bb : facteurs de risque et strat\u00e9gies de pr\u00e9vention<\/h3>\n<p>Des \u00e9pisodes psychotiques aigus peuvent survenir sous cannabis et psych\u00e9d\u00e9liques, particuli\u00e8rement en cas de vuln\u00e9rabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique ou d\u2019ant\u00e9c\u00e9dents familiaux. Le HPPD (Hallucinogen Persisting Perception Disorder) d\u00e9crit des troubles visuels persistants apr\u00e8s consommation d\u2019hallucinog\u00e8nes, comme des images r\u00e9manentes ou de la \u00ab neige visuelle \u00bb. Les estimations de fr\u00e9quence varient, mais restent nettement inf\u00e9rieures \u00e0 5 % des consommateurs. Les \u00ab bad trips \u00bb avec anxi\u00e9t\u00e9 intense, parano\u00efa ou peur de mourir sont en revanche relativement fr\u00e9quents lors d\u2019une prise non pr\u00e9par\u00e9e. La pr\u00e9vention inclut un choix soigneux de la dose, une \u00e9valuation de la stabilit\u00e9 psychique, un accompagnement de confiance et un environnement s\u00fbr. Un conseil simple mais efficace : ne consommez que si vous vous sentez \u00e9motionnellement stable et pr\u00e9voyez suffisamment de temps pour le contrecoup et la r\u00e9flexion.<\/p>\n<h3>Approches de r\u00e9duction des risques (Harm Reduction) : Drug-Checking, Safer-Use-Guidelines et \u00e9ducation<\/h3>\n<p>La r\u00e9duction des risques ne vise pas le jugement moral, mais la minimisation des dommages. Les programmes de Drug-Checking identifient les impuret\u00e9s et les dosages trop \u00e9lev\u00e9s ; les guides de Safer-Use donnent des conseils concrets sur les pauses de consommation, l\u2019\u00e9vitement des m\u00e9langes et les groupes \u00e0 risque. Les organisations d\u2019\u00e9ducation offrent des informations accessibles pour vous aider \u00e0 prendre des d\u00e9cisions \u00e9clair\u00e9es. Les \u00e9l\u00e9ments centraux sont : une information approfondie sur la substance et la dose, pas de m\u00e9lange en cas de tol\u00e9rance inconnue, ne jamais \u00eatre seul pour des doses \u00e9lev\u00e9es, et des plans d\u2019urgence clairs. La r\u00e9duction des risques n\u2019augmente pas automatiquement le bien-\u00eatre, mais r\u00e9duit le risque qu\u2019une seule soir\u00e9e ait des cons\u00e9quences physiques ou psychiques \u00e0 long terme.<\/p>\n<h3>Interventions sur le mode de vie : sommeil, activit\u00e9, m\u00e9ditation et lien social comme alternatives stabilisant la base<\/h3>\n<p>Le bien-\u00eatre stable \u00e0 long terme repose sur des facteurs qui semblent banals mais ont des effets \u00e9normes. Un sommeil suffisant (7\u20139 heures), une activit\u00e9 physique r\u00e9guli\u00e8re, des relations sociales nourrissantes et la pratique de la pleine conscience am\u00e9liorent de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e dans les \u00e9tudes la satisfaction de vie, la r\u00e9silience et m\u00eame la structure c\u00e9r\u00e9brale. La m\u00e9ditation augmente la connectivit\u00e9 fonctionnelle dans les r\u00e9seaux associ\u00e9s \u00e0 la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle ; le sport augmente le BDNF de mani\u00e8re similaire \u00e0 certaines interventions pharmacologiques. Quiconque entretient ces \u00ab piliers de base \u00bb r\u00e9agit de mani\u00e8re plus flexible aux \u00e9v\u00e9nements stressants et est moins tent\u00e9 de recourir constamment \u00e0 un soulagement chimique. Vous pouvez alors utiliser les exp\u00e9riences modifiant la conscience comme un approfondissement occasionnel, et non comme une b\u00e9quille pour le quotidien.<\/p>\n<h2>Dimension \u00e9thique et soci\u00e9tale : r\u00e9gulation, commercialisation et r\u00e9cits culturels autour du bien-\u00eatre et de l\u2019ivresse<\/h2>\n<h3>Cadres r\u00e9glementaires : lois sur les stup\u00e9fiants, d\u00e9criminalisation et autorisations m\u00e9dicales exceptionnelles<\/h3>\n<p>Le statut juridique des substances modifiant la conscience d\u00e9termine en grande partie le contexte dans lequel vous les rencontrez : comme drogue ill\u00e9gale, m\u00e9dicament sur ordonnance ou produit d\u2019agr\u00e9ment socialement accept\u00e9. Les lois sur les stup\u00e9fiants classent de nombreux psych\u00e9d\u00e9liques et stimulants comme non commercialisables, tandis que l\u2019alcool et la nicotine sont l\u00e9gaux bien que hautement nocifs. Dans le monde, des tendances \u00e0 la d\u00e9criminalisation de la possession de petites quantit\u00e9s et \u00e0 l\u2019usage m\u00e9dical contr\u00f4l\u00e9 de la psilocybine, de la MDMA ou de la k\u00e9tamine se dessinent. Pour le bien-\u00eatre individuel, il est pertinent de savoir si la r\u00e9gulation est assez diff\u00e9renci\u00e9e pour refl\u00e9ter les profils de risque et de b\u00e9n\u00e9fice, au lieu d\u2019interdire globalement ou de lib\u00e9raliser sans critique.<\/p>\n<h3>Commercialisation des psych\u00e9d\u00e9liques : start-ups, centres de retraite et \u00ab Wellness-Psychedelics \u00bb<\/h3>\n<p>Ce qu\u2019on appelle la \u00ab Renaissance Psych\u00e9d\u00e9lique \u00bb s\u2019accompagne d\u2019un boom de start-ups, de cliniques et de centres de retraite, particuli\u00e8rement dans les pays \u00e0 la l\u00e9gislation plus lib\u00e9rale comme les Pays-Bas. Les \u00ab Wellness-Psychedelics \u00bb sont parfois commercialis\u00e9s comme la prochaine grande industrie apr\u00e8s le yoga et le biohacking. D\u2019un point de vue professionnel, cela comporte des chances et des risques. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, la recherche progresse, des standards se d\u00e9veloppent et les stigmates diminuent. De l\u2019autre, une culture de la sur-promesse menace, vendant les exp\u00e9riences psych\u00e9d\u00e9liques comme des solutions rapides \u00e0 des probl\u00e8mes de vie complexes. Quiconque utilise de telles offres devrait v\u00e9rifier soigneusement la qualification du personnel, les offres d\u2019int\u00e9gration propos\u00e9es et si une image r\u00e9aliste des risques est transmise.<\/p>\n<h3>Mod\u00e8les culturels : rituels chamaniques d\u2019Ayahuasca vs biom\u00e9decine occidentale<\/h3>\n<p>Les substances modifiant la conscience ont une longue tradition dans de nombreuses cultures indig\u00e8nes \u2014 comme les c\u00e9r\u00e9monies d\u2019Ayahuasca en Amazonie. L\u00e0-bas, la communaut\u00e9, le rituel, les mythes et l\u2019interpr\u00e9tation spirituelle sont centraux. L\u2019approche biom\u00e9dicale occidentale se concentre en revanche sur les diagnostics, la dose et les protocoles standardis\u00e9s. Les deux mod\u00e8les influencent votre d\u00e9finition du bien-\u00eatre : comme harmonie spirituelle ou comme absence de sympt\u00f4mes. Une gestion r\u00e9fl\u00e9chie des \u00e9tats d\u2019ivresse tient compte du fait que les substances sont toujours ancr\u00e9es dans des histoires culturelles. M\u00eame si vous vous consid\u00e9rez comme s\u00e9culier, les r\u00e9cits d\u2019optimisation de soi, de productivit\u00e9 ou de \u00ab d\u00e9couverte de soi \u00bb romantique sous drogue fa\u00e7onnent ce que vous esp\u00e9rez d\u2019une exp\u00e9rience.<\/p>\n<h3>Repr\u00e9sentation m\u00e9diatique : influenceurs et perception des risques<\/h3>\n<p>Les rapports m\u00e9diatiques et les r\u00e9seaux sociaux fa\u00e7onnent l\u2019image de la consommation de drogues plus fortement qu\u2019on ne le pense. La \u00ab Renaissance Psych\u00e9d\u00e9lique \u00bb est souvent racont\u00e9e \u00e0 travers des histoires de gu\u00e9rison spectaculaires, des investissements de start-ups et des images color\u00e9es de retraites, tandis que les risques et les contre-indications passent au second plan. Des influenceurs partagent des routines de microdosage ou des exp\u00e9riences de f\u00eate sans en conna\u00eetre les cons\u00e9quences \u00e0 long terme. Des \u00e9tudes montrent que de telles repr\u00e9sentations influencent la perception des risques et augmentent la volont\u00e9 d\u2019exp\u00e9rimenter, surtout chez les jeunes. Une consommation m\u00e9diatique critique est donc en soi une contribution \u00e0 votre bien-\u00eatre : celui qui v\u00e9rifie les informations, lit diff\u00e9rentes sources et r\u00e9fl\u00e9chit honn\u00eatement \u00e0 ses propres motivations r\u00e9duit la probabilit\u00e9 de se laisser guider par des tendances \u00e9ph\u00e9m\u00e8res plut\u00f4t que par des valeurs \u00e0 long terme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le bien-\u00eatre \u00e9voque quelque chose de profond\u00e9ment familier : un sommeil suffisant, des relations stables, un sentiment de sens. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 se trouvent les effets modifiant la conscience, allant d\u2019un verre de vin \u00e0 une exp\u00e9rience profonde sous LSD. 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